| BERNARD
VINCENT. Né quelque temps après lapparition du nazisme et orphelin à
douze ans pour cause de résistance, il suit des chemins professionnels aussi variés
quenrichissants avant den arriver à la peinture: missions archéologiques en
Mésopotamie, avec André Parrot,directeur des Antiquités orientales au Musée du Louvre.
Théâtre à Paris, chez Jean Dasté à St-Etienne, au Grenier de Toulouse, chez Planchon
à Lyon, entre autres... En même temps, il dessine. Et puis un jour, le dessin prend la
place du spectacle et c'est le changement de profession. Graphiste dans la pub,
illustrateur pour la presse, lédition et la publicité. Cest depuis 1990,
quinstallé en Ardèche, il se consacre entièrement aux Arts plastiques. Puis à
des association d'artistes, comme La Marotte en son temps ou AZARTS maintenant, à
sa municipalité, comme conseiller, et aux champignons, selon saison...
Les « collatures » de Bernard
Vincent. (Dauphiné libéré)
Bernard Vincent, artiste aux multiples talents, expose une trentaine de
tableaux au château d’Aubenas.
Ce sont vingt six toiles, inédites à l’exception de trois d’entre elles, qui
ont été suspendues aux cimaises de la salle du Pesage. Un lieu qui plaît à
Bernard Vincent auquel cette exposition rend enfin un hommage justifié.
Il a appelé cette nouvelle série de « collatures » (1) « Paysages » mais
ici l’on ne trouvera ni coucher de soleil, ni frondaisons verdoyantes. On
est plutôt du côté des paysages intérieurs. Et des interrogations liées à la
condition humaine. Bernard Vincent a l’habitude de travailler une thématique
sous forme de séries et de la décliner jusqu’à avoir le sentiment de ne plus
pouvoir avancer. D’où une œuvre cohérente derrière laquelle l’on devine un
long processus de réflexion et de construction. Mais si ces toiles sont
parfois le lieu, l’écho de questionnements métaphysiques, elle le sont
subtilement, drôlement. Pas de message, encore moins de leçon. Juste des
pistes, des idées insufflées sous forme de clins d’œil, d’énigmes.
Au fond, cette exposition donne lieu à deux lectures possibles. On peut
considérer ces tableaux comme des œuvres abstraites. Et admirer le grand
talent de coloriste de Bernard Vincent. Mais quand on s’approche davantage
des « collatures », on constate qu’il s’y passe des choses… Comme de petites
histoires suggérées que chacun est libre d’interpréter. Toute une vie
intérieure, mise en scène, projetée là, sur la toile, incarnée dans de
petits personnages, des chaises. Seuls, vides, en attente… ou bien en
groupe, en duo.
« L’important est que les gens s’interrogent. Qu’ils soient touchés. L’art
existe pour être partagé. On peut écrire un très beau livre, jouer
parfaitement de la musique mais s’il n’y a personne pour lire ou écouter, à
quoi bon ? Cela doit être un échange. Devant certaines œuvres d’art, les
gens disent, parfois, ne rien comprendre ; ils cherchent à tort des clés,
des explications. En fait, tout est affaire de ressenti et non de
compréhension ».
Pour que les gens s’arrêtent, l’artiste a tout prévu. Au milieu de la salle,
un alignement de chaises en velours fait écho à celles représentées sur les
murs. Donnant ainsi la possibilité au visiteur de prendre le temps.
D’observer. Et de se projeter dans son univers intérieur.
Carole Dumas
(1) Les « collatures » sont des œuvres « hybrides » qui associent
collage, peinture mais aussi un long travail sur l’informatique. |